REFORME DES AOC 2010 L’ENJEU DU LIEN A L’ORIGINE LA FIN DU « TOUT AOC » ?

L’ENJEU DE LA REFORME : LA FIN DU « TOUT AOC ».

Depuis les années 60, la viticulture française a vécu sur un modèle basé sur le passage de 15 à 20% de ses vins en AOC, ce qui  était l’esprit initial, à plus de 50% des vins mis en marché. Ce dérapage a été possible pendant  un certain temps grâce au succès international du concept de « vin de terroir ». Le succès commercial étant au rendez-vous, les voix qui annonçaient depuis son début le danger mortel de cet abus pour la viticulture française ont été longtemps inaudibles. Mais la venue de nouveaux vins, la prise de conscience des consommateurs, l’évolution de la consommation mondiale, ont abouti à une crise prévue du « tout AOC ». Aujourd’hui, les vignerons français comme les consommateurs se rendent de plus en plus compte que ce système ne répond plus à leurs besoins. La viticulture française doit se saisir de la réforme européenne des signes de qualité, qui lui offre la possibilité d’une sortie de crise qualitative. L’Indication Géographique Protégée (IGP) : la renaissance des vins de fruit et de plaisir est une nécessité pour la rentabilité des vins régionaux de volume, un besoin des consommateurs. Vouloir imposer les contraintes des vins de terroir à des productions régionales qui ont besoin de plus de libertés, de rendements, sur des terroirs aptes à produire des vins de volume, est un contre sens économique et humain, et ne permet pas de sortir de la crise. Les consommateurs cherchent des vins simples et bons, à des prix abordables, qui tout en étant porteurs d’une empreinte régionale, ne revendiquent pas forcément l’expression d’un terroir précis. L’Appellation d’Origine Protégée (AOP) : Depuis des années, le niveau d’exigence quant aux choix du travail à la vigne et à la cave pour l’expression du terroir dans les vins s’en revendiquant a été négligé, sous-estimé, n’a pas fait l’objet d’études sérieuses. Des techniques distendant ce lien ont été adoptées sans évaluation, faisant de l’origine géographique une rente de situation, sous-estimant le rôle, les choix et les responsabilités des vignerons. Les vins d’expression de terroir ont besoin d’être plus visibles et crédibles sur le marché. Les consommateurs ont besoin d’indications fiables sur ce lien réel au terroir. L’enjeu de l’écriture du lien au terroir est une réflexion sur la nature de ce lien et la redéfinition des conditions de son expression dans les vins. Pour la réussite de la réforme et la sortie de crise, une partie des vins actuellement en AOC doit passer en IGP, et les vins d’AOC passant en AOP doivent l’obtenir par cette exigence accrue dans leur rapport au terroir. La plupart des domaines viticoles ont un besoin vital de cette mixité de production et d’offre, il ne s’agit donc pas d’une guerre entre vignerons, mais de la nécessité économique d’une complémentarité de produits.
Nous avons d’ores et déjà suffisamment d’expérience, d’outils, et d’éthique, pour mettre au point dans l’année un système, exigeant et souple à la fois, de cahier des charges « terroir ». Il faut simplement en avoir la volonté politique, pour une sortie de crise positive pour la viticulture française. Sinon, les besoins des producteurs et des consommateurs étant les plus forts, une réforme qui aurait accepté de faire en sorte que « tout change pour que rien ne change » et reconduisant le principe « tout AOC » aboutira à l’explosion des acquis, des principes, du système AOC/INAO.
A tous les acteurs de la profession, en particulier aux vignerons, mais aussi aux acteurs de la distribution, et aux consommateurs, de faire valoir leur exigence d’une nouvelle segmentation.

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